Une seule voix pour tout un orchestre. Une Ukrainienne de Berlin transforme d’anciens chants rituels en électro dansante
GANNA, c’est Hanna Hryniva, installée à Berlin : depuis 2013, elle part en expéditions de terrain à la recherche de chants ukrainiens, avant de les transformer en musique électronique. La critique australienne la compare à Björk.

Elle rapporte des villages des Carpates ce qu’on y chante depuis des siècles, et le rend au monde sous forme de boucles, de synthés et de beats dansants. La critique australienne la compare à Björk ; elle, elle affirme que son instrument principal, c’est sa propre voix.
GANNA, c’est Hanna Hryniva, chanteuse, compositrice et productrice ukrainienne installée à Berlin. Elle a accordé une longue interview au média MUZVAR le 5 août.
Elle se décrit en trois mots.
Racines. Expérimentation. Liberté.
— GANNA, dans une interview à MUZVAR
Des expéditions de terrain plutôt que des archives
GANNA a commencé à explorer de façon systématique la tradition du chant ukrainien en 2013.
Depuis 2013, j’étudie le folklore ukrainien : je me rends dans différentes régions d’Ukraine, je rencontre des gens, j’écoute comment les chansons se transmettent oralement.
— GANNA, dans une interview à MUZVAR
Et elle met aussitôt en garde contre toute approche muséale de ce matériau.
Pour moi, ce n’est pas une pièce de musée. La chanson populaire change sans cesse, elle vit en de multiples variantes.
— GANNA, dans une interview à MUZVAR
Chaque morceau naît de la même façon.
Souvent, tout part d’une mélodie ancienne. Je l’écoute d’abord d’innombrables fois, j’essaie d’en saisir chaque nuance, le rythme, l’intonation, la respiration, l’émotion.
— GANNA, dans une interview à MUZVAR
Une seule voix pour tout un orchestre
Je pense que mon instrument le plus important, c’est la voix. Elle peut être à la fois mélodie, rythme, texture, et même percussion.
— GANNA, dans une interview à MUZVAR
À côté de la voix : un Guitaret, instrument analogique de Hohner des années 1960, une loop station, des synthétiseurs et des enregistrements de terrain.
UTOPIA
Son dernier disque est sorti le 17 octobre 2025 sur le label allemand BERTHOLD records. On y trouve notamment MALANKA, CARPATHIANS, RANO (KOLIADKA) (la koliadka est un chant de Noël ukrainien), BABA et ZEMLYA.
Cet album réunit le folklore ukrainien, l’électronique, le jazz, l’improvisation, des enregistrements de terrain et beaucoup de liberté.
— GANNA, dans une interview à MUZVAR
S’il ne fallait écouter qu’un seul titre, GANNA conseille MERMAIDS, enregistré avec la percussionniste Laura Robles.
On y retrouve tout ce que j’aime : l’ancienne mythologie ukrainienne, l’énergie rituelle, les beats d’aujourd’hui, un son dansant et la polyphonie.
— GANNA, dans une interview à MUZVAR
La langue n’est pas un obstacle
Je suis très heureuse qu’il ne soit pas nécessaire de comprendre l’ukrainien pour recevoir ma musique.
— GANNA, dans une interview à MUZVAR
Selon elle, la réaction du public à l’étranger le confirme à chaque fois.
C’est là que je me suis convaincue, une fois de plus, que la musique est un instrument extraordinairement puissant de diplomatie culturelle.
— GANNA, dans une interview à MUZVAR
En mars dernier, GANNA s’est produite au WOMADelaide, en Australie. Le chroniqueur du média local The Note a écrit qu’elle avait tenu le chapiteau sous le charme avec des compositions dans l’esprit de Björk, tandis que le critique du magazine Rhythms a dressé un parallèle encore plus précis — avec Meredith Monk, l’avant-gardiste qui a repoussé les limites de ce que peut faire la voix humaine.
Ce qu’elle préparait pour Kyiv
GANNA a donné cette interview à la veille de « Vyrii », un festival qui s’est tenu depuis.
J’apporterai un programme tiré des albums « Kupala » et « UTOPIA ». Ce seront des arrangements contemporains d’anciennes chansons ukrainiennes : boucles, beats électroniques, voix live, synthétiseurs et beaucoup d’improvisation.
— GANNA, dans une interview à MUZVAR
Pour rappel, comme l’a écrit le portail « Cherie FM », le festival « Vyrii » a réuni cette année 17 000 spectateurs au VDNH.
Source originale : MUZVAR, 5 août 2026. Photo principale : Dovile Sermokas, BERTHOLD records. Pochette de l’album : BERTHOLD records. Audio : Apple Music.


