Un missile a détruit le décor de Litkovska pour Paris. Au-dessus du podium, une inscription [vidéo]
La marque ukrainienne de Lilia Litkovska a présenté sa nouvelle collection à la Fashion Week de Paris, entre les tables d’un café face au Centre Pompidou. Ce que la créatrice dit des masques que la guerre arrache, et quel artiste ukrainien l’a inspirée.

La marque ukrainienne Litkovska a présenté mardi 6 octobre sa collection printemps-été 2027 « Stricha » lors du dernier jour de la Fashion Week de Paris, au Café Beaubourg face au Centre Pompidou, alors que le décor conçu spécialement pour ce défilé avait été détruit par une frappe de missile sur Kyiv.
C’est ce qu’a raconté Lilia Litkovska à la Fédération de la Haute Couture et de la Mode.
Les mannequins défilaient entre les tables du café, sur une musique jouée en direct, sous une inscription en anglais « Décor absent. Détruit par un missile » (SET MISSING. DESTROYED BY MISSILE).
Nous avions fait construire un décor spécialement pour le défilé parisien. Il a été détruit à Kyiv par un missile. C’est triste de perdre cela. Mais comparé à ce que vivent les Ukrainiens en ce moment, c’est vraiment insignifiant
— a raconté la créatrice.
Les masques que la guerre arrache
« Stricha », c’est ainsi qu’on dit « rencontre » dans le dialecte houtsoule. La collection s’inspire de l’œuvre de Borys Kossarev, l’un des fondateurs de l’avant-garde ukrainienne : ses portraits et ses masques décomposaient le visage humain en plans géométriques. Lilia Litkovska a brodé ces visages sur des sweat-shirts en satin.
Cette fois, il s’agit de la première rencontre : comment nous lisons l’autre et comment cette personne veut être lue. C’est si souvent du théâtre : la réalité se cache derrière des masques, derrière des attentes
— a expliqué Lilia Litkovska.
Mais dans quelque chose d’aussi brutal que la guerre en Ukraine, ces masques sont arrachés : par les attaques, par le danger, par le poids même de la responsabilité. Il n’y a plus de place pour les rôles
— a-t-elle ajouté.
L’envers est aussi un endroit
La devise de la marque : « il n’y a pas de mauvais côté ». L’envers d’un vêtement est réalisé avec autant de soin que l’endroit. Cette fois, Lilia Litkovska a retourné une toile artisanale ukrainienne traditionnelle et laissé les coutures et la construction apparentes. Les pièces se portent de plusieurs façons : une blouse volumineuse se déplie en robe longue, une cape se transforme en capuche.
J’aime montrer comment un vêtement est réellement construit. L’ouverture compte pour moi, car ce sont des vêtements intellectuels : ils portent des idées, ils portent des messages
— a déclaré la créatrice.
Le défilé Litkovska « Stricha ». Vidéo : LITKOVSKA
Quand le sol lui-même est incertain, on cesse de confondre la décoration avec l’essentiel
— a écrit Lilia Litkovska dans le manifeste de la collection.
Lilia Litkovska a fondé sa marque en 2009 ; elle travaille aujourd’hui entre Kyiv et Paris.
Cherie FM racontait déjà que la précédente collection de Litkovska, « FIREFLY », avait été cousue dans un atelier de Kyiv parfois privé d’électricité, et que les mannequins avaient défilé à Paris avec des lampes frontales.


