« Une plateforme de division » : les Pays-Bas iront-ils à l’Eurovision 2027 ?
Le diffuseur AVROTROS renonce à l’Eurovision 2027 à Burgas : selon lui, le concours a perdu sa neutralité. C’est le deuxième forfait d’affilée, et aucun autre diffuseur néerlandais ne s’est porté volontaire pour prendre le relais.

Le diffuseur public néerlandais AVROTROS n’ira pas à l’Eurovision 2027, à Burgas, en Bulgarie : selon ses propres termes, le concours n’est plus neutre tant que l’un des pays participants reste engagé dans un conflit armé de grande ampleur.
C’est ce qu’indique le communiqué du diffuseur, publié le 24 août.
C’est le deuxième forfait d’affilée : les Pays-Bas avaient déjà fait l’impasse sur l’édition 2026, à Vienne. Le pays visé n’est pas nommé une seule fois dans le communiqué — il s’agit d’Israël.
L’Eurovision a été créé pour rapprocher les gens et les pays. Mais on ne peut nier que le conflit international s’immisce de plus en plus dans l’événement, qui a ainsi perdu son caractère neutre. L’Eurovision est devenu une plateforme de division.
— a déclaré le directeur général d’AVROTROS, Taco Zimmerman.
Pourquoi maintenant
Le diffuseur avance quatre raisons. Les tensions géopolitiques, explique-t-il, pèsent beaucoup trop sur le concours et ont provoqué une profonde fracture. Depuis un an, AVROTROS réclamait à l’Union européenne de radio-télévision (UER) des règles claires sur la participation des pays engagés dans un conflit armé, sans jamais les obtenir. Et les changements que l’UER a fini par annoncer ne l’ont pas convaincu.
Les changements récemment annoncés par l’UER n’offrent pas suffisamment de garanties que le caractère indépendant et neutre du concours puisse être rétabli.
La quatrième raison tient aux valeurs, qu’AVROTROS énumère mot pour mot : fiabilité, indépendance et humanité. Participer, estime-t-il, irait à leur encontre.
Pour montrer l’ampleur de la fracture, le diffuseur rappelle les chiffres de l’an dernier : cinq pays se sont retirés, d’anciens vainqueurs ont rendu leur trophée et plus d’un millier de musiciens et de personnalités de la culture ont signé une lettre ouverte appelant l’UER à intervenir. Ces cinq pays étaient les Pays-Bas eux-mêmes, l’Espagne, l’Irlande, la Slovénie et l’Islande.
Le pays n’a pas encore dit non
Toute la subtilité est là : AVROTROS n’est pas le seul diffuseur des Pays-Bas. En se retirant, il a remis la responsabilité de la participation entre les mains de la holding NPO : en théorie, quelqu’un d’autre peut reprendre le flambeau.
Dès le lendemain, il est apparu que personne n’était candidat. KRO-NCRV a fait savoir que la question ne l’intéressait pas, PowNed et Omroep MAX ont dit la même chose, en ajoutant que la suite revenait à NPO. La holding elle-même a répondu qu’elle réfléchirait à la prochaine édition du concours et reviendrait sur la question le moment venu.
L’enjeu est de taille. Les Pays-Bas ont participé soixante-cinq fois au concours depuis leurs débuts en 1956 et comptent cinq victoires — la dernière en 2019, quand Duncan Laurence s’est imposé avec Arcade après quarante-quatre ans de disette. Jusque-là, le pays n’avait manqué le concours que six fois dans toute son histoire.
Ce que dit l’UER
Ni sanctions ni reproches — bien au contraire.
Nous regrettons la décision d’AVROTROS de ne plus participer, mais nous comprenons leur choix et respectons les points de vue de nos diffuseurs membres. Nous poursuivrons le dialogue avec NPO sur la possibilité de voir un autre diffuseur participer.
— a déclaré le directeur du concours, Martin Green.
Les règles auxquelles se réfère AVROTROS ont été publiées le 12 août par le Groupe de référence de l’UER. Disposition clé : le pays vainqueur perd automatiquement le droit d’accueillir le concours suivant si un conflit armé ou une situation géopolitique sensible affecte sérieusement la sécurité de l’État ou de sa région. C’est alors l’Union elle-même qui désigne l’hôte. Dans le même temps, l’âge minimum des candidats est passé de seize à dix-huit ans.
En attendant, le concours part en Bulgarie
La soixante et onzième édition de l’Eurovision se tiendra à Burgas — une première dans l’histoire de la Bulgarie. Les demi-finales sont prévues les 11 et 13 mai, la finale le 15 mai 2027 ; l’aréna peut accueillir environ quinze mille spectateurs, et les préparatifs sont estimés à quelque vingt millions d’euros.
Le pays a obtenu le droit d’organiser le concours grâce à la victoire de DARA à Vienne.
La prestation victorieuse de DARA. Vidéo : chaîne officielle de l’Eurovision
Pour l’instant, vingt et un pays ont fait part de leur intention de participer. Le Canada fera ses débuts, après être devenu membre de l’UER cet été. Les autres « boycotteurs » de l’an dernier ne se sont pas encore décidés : l’irlandaise RTÉ promet une décision « en temps voulu », le conseil d’administration islandais se réunira fin septembre, et l’Espagne comme la Slovénie n’ont pas fait connaître leur position. L’Ukraine, à ce jour, n’a pas officiellement confirmé sa participation en 2027.
L’unanimité n’est pas non plus de mise aux Pays-Bas : Cornald Maas, commentateur du concours depuis de longues années, s’est publiquement opposé à la décision — à ses yeux, la capacité de la musique à rapprocher les pays compte aujourd’hui plus que jamais.
Pour rappel, comme l’a écrit le portail « Cherie FM », ces mêmes nouvelles règles empêcheront l’Ukraine d’accueillir le concours, même si elle le remporte.
Photos : Tobias Kleinlercher (CC BY-SA 4.0) et Quejaytee (CC BY 4.0), Wikimedia Commons.


