TechnologiesLa rédaction de Cherie FM ·  · 4 min de lecture

Un nom tapé avec des espaces déjoue le filtre : Suno visé par deux plaintes en trois jours

Trois musiciens américains poursuivent le générateur Suno non pas pour des chansons, mais pour une « empreinte vocale », au nom des lois sur les données biométriques. Deux jours plus tard, la SOCAN canadienne saisissait à son tour la justice avec cent cinquante exemples.

Jason Isbell sur scène

Le générateur de musique Suno a été visé par deux plaintes, dans deux pays, en l’espace de trois jours. Et la première ne porte pas du tout sur le droit d’auteur : elle accuse l’entreprise d’avoir prélevé sur des musiciens une « empreinte vocale », comme on relève une empreinte digitale.

Le texte intégral de la plainte, long de 84 pages, a été publié par Music Business Worldwide.

Une plainte qui s’ouvre sur une citation de « Star Trek »

Le recours collectif a été déposé le 31 août devant un tribunal fédéral du Massachusetts. Les plaignants : Jason Isbell, six fois lauréat des Grammy, David Lowery, de Camper Van Beethoven et Cracker, et le bluesman Guy Forsyth. Le document s’ouvre sur la réplique des Borgs de « Star Trek » : « Nous sommes les Borgs. Vos caractéristiques biologiques et technologiques seront ajoutées aux nôtres. Toute résistance est inutile ».

David Lowery, l’un des trois plaignants. Photo : Joe Mabel (CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons

Le fondement juridique sort de l’ordinaire : non pas le copyright, mais les lois sur le droit à l’image et sur les données biométriques — le Right of Publicity Act et le Biometric Information Privacy Act de l’Illinois, la common law californienne, la Civil Rights Law de New York. Le groupe de plaignants compte plus de cent personnes, et le montant en jeu dépasse cinq millions de dollars.

Ce que conservent les poids du transformeur musical de Suno n’est la copie d’aucune chanson. Les plaignants dans cette affaire ne revendiquent d’ailleurs aucun droit sur des chansons. C’est un condensé des traits distinctifs de la voix humaine.

— peut-on lire dans la plainte.

Un filtre contourné avec des espaces

Un point à part du document porte sur la protection censée bloquer les mentions d’artistes réels. Selon les plaignants, il suffit d’écrire le nom en insérant des espaces entre les lettres.

Quand le filtre de Suno veut bien fonctionner, il est facile de le contourner en insérant un espace entre chaque lettre du nom — une modification que l’humain comme le propre modèle de Suno reconnaissent sans peine.

— extrait de la plainte. Exemple à l’appui : une requête avec le nom de Michael Jackson tapé lettre par lettre, espaces compris. Le service a produit deux chansons qu’il a lui-même intitulées « Glovebox Moonwalk », en les décrivant toutes deux comme un « morceau pop-funk dansant des années 1980 ».

Jason Isbell, l’un des plaignants. Vidéo : chaîne officielle de l’artiste

Deux jours plus tard, le Canada

Le 2 septembre, la SOCAN — la société des compositeurs, auteurs et éditeurs de musique, qui représente plus de deux cent mille personnes — a porté plainte contre Suno devant la Cour fédérale du Canada. Il s’agit cette fois d’une atteinte classique aux droits d’exécution publique.

« Sk8er Boi » d’Avril Lavigne figure parmi les chansons citées dans la plainte canadienne. Photo : Barbro Andersen (CC BY 2.0, Wikimedia Commons

La plainte cite à titre d’échantillon cent cinquante morceaux accessibles au public, générés par Suno, qui, selon la société, reproduisent des œuvres de son catalogue. Parmi les chansons citées : « Sk8er Boi » d’Avril Lavigne, « Photograph » de Nickelback, « Life Is a Highway » de Tom Cochrane, « Both Sides Now » de Joni Mitchell et « A New Day Has Come » de Céline Dion. À la SOCAN, on estime que ces cent cinquante exemples ne sont que la partie émergée de l’iceberg.

Pour rappel, comme l’a écrit le portail « Cherie FM », l’industrie musicale cherchait déjà à distinguer l’œuvre d’autrui de la sienne — il s’agissait alors des reprises et remix de fans sur les plateformes de streaming.

Photos : Abby Gillardi (CC BY 2.0), Joe Mabel (CC BY-SA 3.0), Barbro Andersen (CC BY 2.0), Wikimedia Commons.

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