Portes ouvertes trente-cinq minutes après la fin de l’alerte : la Fashion Week de Kyiv est lancée
L’Ukrainian Fashion Week SS27 a démarré le 2 septembre et se poursuit jusqu’au 6 : cinquante marques, et l’artisanat pour thème. La première journée a été interrompue à deux reprises par des alertes aériennes, et les organisateurs taisent l’adresse du podium principal.

À Kyiv, la 59e Ukrainian Fashion Week a commencé : cinquante marques, cinq jours, et l’artisanat pour thème. Mais dès la première journée, les alertes aériennes l’ont interrompue à deux reprises.
C’est ce qu’ont annoncé les organisateurs sur leur chaîne Telegram.
Deux fois en une matinée
La saison devait s’ouvrir par une conférence business au grand magasin TSUM de Kyiv. À 11 h, les organisateurs ont prévenu qu’il faudrait ouvrir les portes plus tard.
En raison de l’alerte aérienne à Kyiv, le programme de la conférence business est décalé. Les portes du TSUM ouvriront aux invités trente-cinq minutes après la fin de l’alerte.
— indiquait le message de l’Ukrainian Fashion Week. La conférence a bien commencé, mais moins de deux heures plus tard, les sirènes ont de nouveau retenti.
À Kyiv, l’alerte aérienne retentit à nouveau et les participants de la conférence descendent aux abris. Cette saison ne sera sûrement pas facile, mais les créateurs ukrainiens continuent de préparer leurs défilés.
— ont écrit les organisateurs vers 12 h 30.
Des règles qu’aucune autre fashion week ne connaît
À la veille de la saison, les organisateurs ont publié une consigne en cas d’alerte : un abri est aménagé sur le site principal, tous les événements sont suspendus pendant l’alerte, et des bénévoles ainsi qu’une signalétique indiquent le chemin vers le sous-sol.
Face à l’intensification des attaques ennemies, nous vous demandons de ne pas venir aux événements de l’UFW SS27 avec vos animaux de compagnie et de ne pas amener d’enfants de moins de 13 ans. Il s’agit d’une mesure de sécurité.
— a prévenu l’Ukrainian Fashion Week.
L’adresse du podium reste secrète
Dans le programme officiel de la saison, les lieux ne sont signalés que par deux mentions : « main location » et « own location ». Les organisateurs ne donnent aucune adresse pour le podium principal.
La seule adresse précise communiquée ouvertement est celle du TSUM de Kyiv, au 38, rue Khreshchatyk, où s’est tenue la conférence. Pour le reste, ce sont soit les espaces des marques elles-mêmes, soit ce fameux site principal jamais nommé.
La saison sort aussi de l’ordinaire par son organisation. Les deux premiers jours, les marques défilent chacune de son côté, chez elle : le 2 septembre, the COAT by Katya Silchenko ; le 3, KRIS MARÁN, GRAINS DE VERRE, KACHOROVSKA, BALYKINA, SYNDICATE, J’AMEMME et PASKAL. Le podium commun n’ouvre que le 4 septembre.
L’artisanat pour thème
Le projet phare de la saison est l’exposition Behind the Craft : 28 marques, plus de soixante-dix silhouettes et objets de design réunis autour de la broderie, du tissage, du perlage et des techniques textiles. Les commissaires sont Mariia Havryliuk et Nataliia Kamenska, cofondatrices de GUNIA Project. Vernissage le 4 septembre à 13 h, visite guidée par les commissaires le 6 à 19 h 30.
Cette saison est particulière : malgré un hiver épuisant, malgré un été sous les bombardements incessants, nous réunissons des marques qui continuent de vivre et de créer en Ukraine.
— a déclaré Iryna Danylevska, cofondatrice et CEO de l’Ukrainian Fashion Week.
Le 5 septembre à 11 h, POUSTOVIT défile dans son propre espace, au 3, rue Bohdana Stupky, là même où les robes côtoient la céramique et les œuvres d’artistes contemporains. Le même jour : GUNIA Project, VOROZHBYT&ZEMSKOVA, CHUPRINA, TONiA et SANTA.
Le dernier jour, le 6 septembre, est consacré aux nouveaux noms et à la clôture : défilé privé FROLOV, bloc New Names, SIDLETSKIY, KIR KHARTLEY x IROVA, LINNI CARO, COVER, NADYA DZYAK et, à 20 h, la finale du XXVIIe concours de jeunes créateurs « Pohliad u maibutnie » (« Regard vers l’avenir »).
Pas de billets pour les défilés
Impossible d’acheter sa place : l’Ukrainian Fashion Week ne met aucun billet en vente. Les invitations sont délivrées contre un don à l’initiative « Oblychchia heroiv » (« Les Visages des héros ») : avec la fondation YANKO, la Fashion Week collecte des fonds pour des opérations de chirurgie reconstructrice destinées aux militaires blessés au visage par des mines et des explosions.
Il existe tout de même une exception. L’exposition Behind the Craft sera ouverte à tous les 5 et 6 septembre, de 11 h à 13 h, en entrée libre sur inscription préalable.
Une lettre de 1918, exhumée la veille
La veille de l’ouverture, un texte est apparu sur la chaîne Telegram de la Fashion Week, qui explique toute cette obstination mieux que n’importe quel communiqué de presse : une lettre d’Elspeth Champcommunal, rédactrice en chef du Vogue britannique, parue dans le numéro d’octobre 1918.
En présence de l’ennemi, à trente milles de Paris, sous le fracas des canons et le tintement des vitres brisées, à côté des rues en ruine, les grands couturiers français présentent leurs collections de la saison d’hiver, comme ils le font depuis des temps immémoriaux.
— écrivait Elspeth Champcommunal il y a cent huit ans.
Où porter tout cela en France
Pour ceux qui ne lisent pas ces lignes depuis Kyiv, la saison a aussi un versant très concret. PASKAL, qui clôt la deuxième journée à Kyiv, et Litkovska sont vendus à Paris au concept store ITEMS, au 6, rue du Pont-aux-Choux, dans le Marais, une boutique entièrement pensée autour de la mode ukrainienne.
POUSTOVIT, l’une des plus anciennes marques ukrainiennes, fondée en 1998, est représentée en France, au Royaume-Uni, en Italie, en Espagne et au Japon. Autrement dit, la moitié de ce qui défile cette semaine à Kyiv se retrouvera dans quelques mois sur un portant, à une demi-heure de chez vous.
Pour rappel, comme l’a écrit le portail « Cherie FM », les organisateurs ont choisi pour thème de cette 59e saison l’artisanat et sa réinterprétation contemporaine.
Photos : Ukrainian Fashion Week, Andrii Sokolov.


