Une musique sans paroles, mais une histoire commune : Princeton a scruté le cerveau des auditeurs
Vingt personnes ont écouté dans un scanner dix pièces instrumentales inconnues — et 71 % d’entre elles ont imaginé, pour l’essentiel, la même histoire. L’étude de l’université de Princeton est parue le 18 août dans Nature Communications.

Vingt personnes se sont allongées dans un scanner IRM, ont écouté dix pièces instrumentales inconnues — et ont imaginé des histoires si semblables que les chercheurs de l’université de Princeton ont pu repérer la trace commune de ces récits directement dans le cortex cérébral.
C’est ce qu’indique une étude publiée le 18 août dans la revue Nature Communications.
L’expérience s’est déroulée sur deux jours. D’abord, les participants — vingt au total, dont neuf femmes — ont écouté dix extraits instrumentaux choisis pour que personne ne les ait, selon toute vraisemblance, jamais entendus. Une seule consigne : écouter la musique comme si elle racontait une histoire. Après chaque extrait, chacun racontait à voix haute ce qu’il avait imaginé.
Lors de la deuxième séance, les mêmes personnes n’ont plus écouté de musique, mais dix histoires racontées avec des mots. Chacune reprenait l’intrigue qui, dans des études antérieures, venait le plus souvent à l’esprit des auditeurs d’un extrait musical donné. Autrement dit, les auteurs ont tenté de faire entrer le même contenu dans la tête par deux chemins différents — l’un direct, l’autre musical.
La concordance s’est révélée frappante. Selon les calculs de l’équipe, en moyenne, 71 % des participants racontaient la même histoire « consensuelle » que les autres — alors même que la musique ne comportait aucune parole.
Ce que nous voyons ici, c’est toute une autre dimension de la construction du sens en musique. Les auditeurs accomplissent un travail très concret de création de signification.
— a expliqué Elizabeth Margulis, professeure de musique à l’université de Princeton et directrice du Music Cognition Lab, l’une des autrices de l’étude.
Le plus intéressant a commencé quand les chercheurs ont comparé les images du cerveau. Les motifs spatiaux d’activité qui apparaissaient à l’écoute d’un extrait musical donné coïncidaient avec ceux observés à l’écoute de l’histoire racontée correspondante — dans le réseau du mode par défaut, dans les aires du langage et dans les aires associatives. En clair, musique et langage se rejoignent là où naît le récit.
Jusqu’ici, les sciences cognitives de la musique avaient contourné la question. On estimait que les pensées qui vagabondent pendant l’écoute étaient trop aléatoires et trop personnelles pour pouvoir être étudiées. Les travaux de l’équipe de Princeton — qui compte aussi parmi ses auteurs Itamar Yalon, Jamal Williams et le neuroscientifique Uri Hasson — montrent le contraire : ces « rêveries musicales » se ressemblent étonnamment d’une personne à l’autre.
La conclusion pratique est simple et inattendue : quand vous mettez de la musique en fond, votre cerveau ne se repose pas. Il construit un récit — le même que celui que construit, au même instant, quelqu’un d’autre avec son casque à l’autre bout de la ville. L’article est en accès libre : tout le monde peut le lire.
Pour rappel, comme l’a écrit le portail « Cherie FM », on a déjà tenté de mettre la musique au service du sommeil : pour s’endormir plus vite, on recommande des morceaux à 60–80 battements par minute, environ 40 minutes avant le coucher.
Photos : Bruce Mars (CC0) et Wilfredor (CC0), Wikimedia Commons.


