Emmy Awards : une comédie rafle plus de statuettes qu’aucune autre dans l’histoire
Les 78es Emmy Awards ont été remis en trois soirées, et la principale — celle du lundi, au Peacock Theater — est entrée dans l’histoire avec plusieurs records à la fois. L’un revient à une série sortie seulement au printemps, un autre à deux actrices qui partagent désormais le sommet du classement de tous les temps, et la retransmission elle-même s’est terminée plus tôt que prévu.

Le lundi 14 septembre 2026, le Peacock Theater de Los Angeles a accueilli la 78e cérémonie des Emmy Awards. La comédie « Widow’s Bay » (Apple TV) a remporté 14 statuettes sur les trois soirées de cérémonies — plus qu’aucune comédie dans l’histoire du prix —, tandis que « The Pitt » (HBO Max) a été sacrée meilleure série dramatique pour la deuxième année d’affilée.
C’est ce qu’a annoncé la Television Academy.
Une comédie sur une malédiction qui a brisé le sort
« Widow’s Bay » n’est arrivée sur Apple TV qu’en avril. C’est une comédie teintée d’horreur sur une communauté insulaire de Nouvelle-Angleterre que tout le monde croit maudite, et sur un maire à l’optimisme inébranlable qui tente de faire de l’île « le prochain Nantucket », au mépris des superstitions de ses habitants. La série a été créée et pilotée par Katie Dippold, et réalisée par Hiro Murai. Nommée 19 fois, elle a décroché huit prix lors des cérémonies techniques du 6 septembre, puis six lors de la retransmission du lundi, où elle a remporté tout ce pour quoi elle concourait. Le précédent record pour une comédie — 13 statuettes — appartenait à « The Studio », l’an dernier, déjà chez Apple TV.
L’histoire de la soirée, c’est le Gallois Matthew Rhys. Il a reçu l’Emmy du meilleur acteur dans une comédie pour « Widow’s Bay » et celui du meilleur acteur dans une minisérie pour « The Beast in Me » (Netflix) — devenant la première personne de l’histoire du prix à remporter deux trophées d’interprétation principale la même année. Avec sa victoire de 2018 pour « The Americans », il est aussi le premier à détenir un Emmy du meilleur rôle principal dans les trois genres : drame, comédie et minisérie. Sa victoire en minisérie a créé la surprise : le favori était Oscar Isaac pour « Beef ».
Toutes mes excuses aux femmes qui ont dû se relever. Stephen a raison : tout cela, on le doit uniquement à l’esprit tordu et dépravé de Katie Dippold, et son génie vit vraiment dans les recoins de son cerveau détraqué.
— a lancé Matthew Rhys en montant sur scène pour la deuxième fois de la soirée. Il a conclu en saluant « le grand et bon peuple du pays de Galles », « une petite mais puissante nation ».
Le deuxième discours de la soirée de Matthew Rhys. Vidéo : Television Academy
Une huitième statuette pour deux actrices
Jean Smart a reçu son cinquième Emmy pour « Hacks » — un pour chaque saison de la série, du jamais-vu pour une interprète — et le troisième d’affilée. C’est le huitième trophée d’interprétation de sa carrière : elle rejoint ainsi Cloris Leachman et Julia Louis-Dreyfus au sommet du classement de tous les temps. Avant son discours, Jean Smart a demandé aux hommes de la salle de rester debout et aux femmes de s’asseoir, car elles portaient de la lingerie gainante et des « chaussures qui vous coupent les orteils ».
Tout commence et tout finit avec eux… Quel voyage ça a été !
— a-t-elle déclaré à propos des créateurs de « Hacks », Lucia Aniello, Paul W. Downs et Jen Statsky.
Le même soir, Allison Janney a elle aussi décroché sa huitième statuette, pour son rôle de présidente dans « The Diplomat » (Netflix). C’est le tout premier Emmy de la série et, pour l’actrice, une surprise : la favorite de la catégorie était Katherine LaNasa, de « The Pitt ».
Pour être honnête, je n’avais absolument rien prévu pour cette catégorie… Je suis très surprise et très, très reconnaissante d’être ici.
— a avoué Allison Janney.
Un drame, un médecin, et l’âge qui n’y change rien
« The Pitt », qui totalisait le plus de nominations — 25 —, est la première série depuis « Mad Men » à remporter le trophée du meilleur drame pour ses deux premières saisons. Noah Wyle a reçu un deuxième Emmy consécutif du meilleur acteur : avec des trophées pour les deux premières saisons de la série, il est le premier à réussir ce doublé depuis Bryan Cranston et « Breaking Bad », en 2009.
J’ai grandi à Los Angeles. Je suis un enfant d’Hollywood. J’ai été élevé par la télévision. Les salles de cinéma étaient mon temple. C’est tout ce que j’ai jamais voulu faire, et c’est le seul club dont j’aie jamais voulu faire partie. Merci de m’avoir accueilli.
— a déclaré Noah Wyle. Le prix de la meilleure actrice dans un drame est revenu à Rhea Seehorn pour « Pluribus » (Apple TV) — son premier Emmy après deux nominations pour « Better Call Saul » ; elle a commencé son discours par ces mots : « Ça, c’est moi sous bêtabloquant. » Pour la même série, Vince Gilligan a reçu pour la première fois un Emmy personnel du scénario — tous les précédents, il les avait remportés comme producteur de « Breaking Bad ».
À 79 ans, Sally Field a reçu son quatrième Emmy, pour « Remarkably Bright Creatures » (Netflix), et est devenue la lauréate la plus âgée de la catégorie meilleure actrice dans une minisérie ou un téléfilm : le précédent record, depuis 1988, appartenait à Jessica Tandy. Et Stephen Root, à 74 ans, est devenu le lauréat le plus âgé de la catégorie du meilleur second rôle dans une comédie, battant le record d’Henry Winkler, son ancien partenaire dans « Barry ».
Grâce à l’art, nous comptons. Nos voix comptent. Notre diversité, nos histoires uniques comptent. Nous ne pouvons pas laisser ces voix être étouffées, compromises ou fusionnées.
— a lancé Sally Field, dans une allusion à la fusion de Paramount et Warner Bros. Discovery, comme l’ont décrypté Variety et The Hollywood Reporter. Comme l’a écrit le portail « Cherie FM », une semaine avant les Emmy, Ellen Burstyn, 93 ans, a reçu à Venise un Lion d’or pour l’ensemble de sa carrière : septembre se montre généreux envers les actrices de l’ancienne génération.
Une minisérie, des plateformes et 114 Emmy pour une seule émission
La meilleure minisérie est « DTF St. Louis » (HBO Max), un noir de banlieue qui, selon la formule de l’Académie, se mue en émouvante histoire d’amitié masculine et de crise de la cinquantaine. Son créateur, Stephen Conrad, a reçu en personne trois statuettes — série, scénario et réalisation —, tandis que David Harbour et Linda Cardellini avaient décroché leurs premiers Emmy pour des seconds rôles dès la cérémonie technique. La série totalise sept prix.
Selon le décompte de Variety, Apple TV, avec 28 trophées, arrive pour la première fois en tête du classement des plateformes — seulement la deuxième fois en vingt ans que ni HBO ni Netflix ne l’emportent. HBO Max compte 21 statuettes, Netflix 16. Lors de la cérémonie technique du 5 septembre, le show de Bad Bunny à la mi-temps du Super Bowl a remporté sept prix, « The Muppet Show » quatre, et la téléréalité « The Traitors » six, avant d’en ajouter un septième lundi (troisième victoire d’affilée, troisième Emmy pour son animateur Alan Cumming) ; le 6 septembre, « Spider-Noir » (Prime Video) a raflé cinq statuettes, et « South Park » a été récompensé pour son animation pour la première fois depuis 2013. « The Late Show » de Stephen Colbert a remporté la catégorie fusionnée des émissions de variétés, devant John Oliver : l’émission compte désormais 114 Emmy, un record historique. Stephen Colbert était venu tout droit de Nouvelle-Zélande, où il écrit le scénario d’un film tiré du « Seigneur des anneaux ».
Je me suis littéralement réveillé hier en Nouvelle-Zélande. J’ai pris l’avion pour venir aux Emmy. […] J’ai volé d’hier à demain, alors je ne sais pas combien de jours dure cet « aujourd’hui ». Qu’est-ce que j’ai dit dans mon discours ? Je délirais sur cette scène.
— a-t-il confié aux journalistes en coulisses.
Tapis rouge : Zendaya en pixie et une nommée déguisée en statuette
Zendaya, nommée pour « Euphoria », est apparue avec une nouvelle coupe pixie, dans une robe Prada transparente constellée de cristaux, avec des perles Mikimoto — un look signé de son styliste Law Roach. Florence Pugh avait choisi une Vivienne Westwood lilas aux drapés en forme d’ailes et des bijoux Bulgari, Selena Gomez une Louis Vuitton dorée façon cotte de mailles avec du Tiffany & Co., Nicole Kidman une version blanche d’une robe haute couture Chanel au dos nu. Ayo Edebiri portait une Chanel bleue ornée d’un nœud rouge dans le dos, Carey Mulligan une The Row cobalt, Claire Danes une Armani Privé platine, Elle Fanning une Ralph Lauren jade, Michelle Pfeiffer une Saint Laurent noire. La couleur de la soirée : le lilas ; la grande tendance : le noir et blanc.
L’apparition la plus audacieuse revient à Meg Stalter, de « Hacks », nommée pour la première fois : elle est venue aux Emmy déguisée en statuette des Emmy — peinte en or de la tête aux pieds, avec des ailes et un globe au-dessus de la tête —, aux côtés de son partenaire de « Hacks » Paul W. Downs, en smoking classique. Ce soir-là, elle est repartie sans statuette.
Michael J. Fox, Taylor Swift au stade et un show terminé trop tôt
Hors compétition, la soirée a rendu hommage à Michael J. Fox : le prix humanitaire Bob Hope lui a été remis par Julianna Margulies, sa partenaire dans « The Good Wife ».
Au début, j’ai gardé mon diagnostic — la maladie de Parkinson — secret. J’avais peur que cela nuise à mon travail et à ma relation avec le public. Est-ce qu’ils riraient encore s’ils savaient que j’étais malade ? Votre soutien m’a bouleversé…
— a déclaré l’acteur.
Le discours de Michael J. Fox. Vidéo : Television Academy
La cérémonie était présentée par Mariska Hargitay — la première femme à animer les Emmy depuis quinze ans. Dans un sketch préenregistré parodiant « Law & Order : SVU », elle enquêtait, dans la peau d’Olivia Benson, sur « la grande question » : Taylor Swift viendrait-elle aux Emmy ? La chanteuse jouait son propre rôle dans la vidéo, mais ce soir-là, elle assistait en réalité au match Chiefs — Broncos à Kansas City, aux côtés de Tom Cruise. Pendant le segment in memoriam, Noah Kahan a chanté « Bridge Over Troubled Water », et Reba McEntire « Appalachian Memories » de la regrettée Dolly Parton, à qui un hommage à part a été consacré.
Selon les premiers chiffres de Nielsen, la retransmission a réuni environ 6,7 millions de téléspectateurs — près de dix pour cent de moins que l’an dernier ; elle était diffusée en même temps que le match de football américain du lundi soir. D’après Variety, ce serait la dernière année des Emmy sur une chaîne traditionnelle : l’Académie négocie avec Prime Video. Le critique télé en chef du Hollywood Reporter, Daniel Fienberg, a calculé que presque tous les prix avaient été remis dans la première heure et demie et que le show s’était achevé cinq minutes avant la fin de sa case horaire, qualifiant la soirée de « maladroite et mal cousue ».
Sont repartis bredouilles Harrison Ford (« Shrinking », battu cette fois par Stephen Root — et deuxième année de suite sans Emmy), Oscar Isaac et Carey Mulligan pour « Beef », les sept seconds rôles de « The Pitt », tandis que « The Gilded Age » est rentré avec zéro prix pour huit nominations, « Abbott Elementary » et « Euphoria » avec zéro pour sept.
Netflix — troisième plateforme de ces Emmy — a pour sa part sorti le 10 septembre, comme l’a écrit le portail « Cherie FM », la suite en long métrage de la série française « Dix pour cent », directement en streaming.
Photos : captures des vidéos officielles de la Television Academy, Robert Clark / Apple TV. Vidéos : Television Academy.


