Cent quatre mille personnes, quatorze ans de suivi : ce que l’étude française dit vraiment des repas du week-end
Les chercheurs de l’INRAE et de l’Inserm n’ont pas mesuré l’heure du déjeuner, mais le « point médian alimentaire » de la journée. L’effet n’apparaît que chez les hommes, le risque le plus élevé concerne ceux qui mangent plus tôt le week-end, et sur l’ensemble de l’échantillon le lien n’est plus significatif une fois le sommeil pris en compte.

Pendant quatorze ans, des chercheurs français ont noté à quelle heure cent quatre mille personnes passaient à table. Leur conclusion n’est pas celle que l’on colporte : il n’est pas question de déjeuner tard, l’effet n’a été observé que chez les hommes, et ce sont ceux qui mangent plus tôt le week-end qui s’en sortent le moins bien.
L’étude a été publiée par la revue Communications Medicine, du groupe Nature, le 1er septembre.
Ce que l’on a réellement mesuré
Les participants étaient 104 806 : la cohorte française NutriNet-Santé, suivie de 2009 à 2023. Âge moyen au départ : 42,7 ans ; 79 % de femmes. Sur la période, 2 368 nouveaux cas de maladies cardiovasculaires ont été recensés.
C’est ici que commence le grand malentendu. Ce n’est pas l’heure du déjeuner qui a été mesurée. Les chercheurs ont calculé le « point médian alimentaire » de la journée, c’est-à-dire le milieu de l’intervalle entre le premier et le dernier repas. Le « jet lag alimentaire », lui, désigne l’écart de ce point médian entre le week-end et la semaine. Le seuil retenu est d’une heure, et non de deux.
+14 % — mais seulement chez les hommes
Chez les hommes, chaque heure de décalage supplémentaire, dans un sens comme dans l’autre, est associée à un risque de maladies cardiovasculaires supérieur de 14 % et à un risque de maladie coronarienne supérieur de 21 %. Chez les femmes, aucun lien n’a été trouvé, alors même qu’elles représentent les quatre cinquièmes de l’échantillon.
Sur l’ensemble de l’échantillon, l’effet est plus faible, et une fois les données de sommeil prises en compte, il cesse même d’être statistiquement significatif. Autrement dit, les chiffres de 14 et 21 % concernent les hommes, pas tout le monde.
Et un dernier point qui renverse la version populaire : chez les hommes, le risque le plus élevé n’a pas été observé chez ceux qui prennent leur petit-déjeuner à midi le week-end, mais chez ceux qui, le week-end, mangent plus d’une heure plus tôt qu’en semaine.
Ce qu’en disent les auteurs
Il y a quelques années, nous avions émis l’hypothèse que les repas tardifs étaient associés à une hausse du risque de maladies cardiovasculaires. Cette nouvelle étude suggère qu’au-delà des repas tardifs, la régularité compte aussi.
— explique Bernard Srour, directeur de recherche à l’INRAE et responsable de l’étude. L’équipe a travaillé avec l’Inserm, les universités Sorbonne Paris Nord et Paris Cité, ainsi que le Cnam.
Les auteurs posent eux-mêmes une réserve, et elle est de taille : il s’agit d’une étude observationnelle, qui ne suffit pas à elle seule à établir un lien de cause à effet. Ils reconnaissent aussi ne pas avoir recueilli de données sur les horaires de travail : ils ont donc simplement considéré les jours du lundi au vendredi comme travaillés, et le samedi et le dimanche comme le week-end.
Photos : Weekend Wayfarers (CC BY 2.0), Gzen92 (CC BY-SA 4.0), Wikimedia Commons.


